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Route de la Chartreuse. Ouvert à la visite.

Touchés par les lois d’exception de 1901, les moines de La Chartreuse Notre Dame des Prés de Neuville-sous-Montreuil sont contraints de quitter leur monastère. Récupéré par l’Etat, le site est affecté à une vocation hospitalière en 1907. Transformé en sanatorium, c’est assez naturellement que la décision d’y installer un hôpital de guerre est abordée dès les premiers conflits. Dans un premier temps, c’est un hôpital militaire français qui y prend place.

A la mi-octobre 1914, la situation est critique pour les troupes belges et françaises face à l’avancée des Allemands. L’Etat-major belge opte alors pour l’inondation de la plaine de l’Yser qui forme désormais un « no man’s land ». Les villages de la plaine sont évacués et plusieurs hôpitaux de guerre sont installés dans l’arrière-front, afin d’accueillir les réfugiés. Le général Joffre fait alors remplacer l’hôpital français implanté dans la Chartreuse par un hôpital civil belge, qui s’installe dans les derniers jours de 1914.

Cet hôpital est dirigé par le docteur Jean Jonlet et la gestion de l’établissement assurée par un aumônier. Ils sont secondés par une centaine de personnes (médecins, infirmières, ouvriers, religieuses). Près de 5000 personnes y séjourneront jusqu’en 1919 (familles divisées ou entières, personnel, militaires, enfants…).

Dans les 21 000 m² de la Chartreuse, se développe rapidement une vie foisonnante. Une véritable petite ville se met en place où chaque corps de métier doit être représenté pour permettre un fonctionnement quasi autarcique de l’ensemble. Ce système d’autosuffisance est poussé à son paroxysme au niveau alimentaire. Les denrées sont produites soit dans les 12 hectares de terrains compris dans la clôture du monastère, soit dans les fermes environnantes occupées pour l’occasion.

Le matériel médical provient quant à lui de l’hôpital Elisabeth situé à La Panne,  le matériel bureautique de Sainte-Adresse au Havre et les différents combustibles de Gravelines.

L’aumônier est en charge de la « colonie scolaire », l’une des plus importantes de la côte. Attachant une grande importance à l’éducation, il met en place un enseignement pieux et laïc par le biais d’un corps d’enseignants belges. Il entretient une correspondance intensive afin de se procurer les ouvrages et le matériel nécessaires à la scolarité des enfants. Quand les conditions le permettent, quelques loisirs sont aménagés ou permis : cinéma, revue théâtrale, soirées à thèmes (anniversaires patriotiques…), pèlerinage, courses hippiques, …

La vie quotidienne de la communauté est rythmée par les informations, bombardements, naissances, communions. Elle est malheureusement aussi éprouvée de nombreuses fois par une grave épidémie de fièvre typhoïde qui fera 600 morts. Il reste peu de souvenirs de la nécropole belge située à proximité du monastère, dans laquelle reposent les corps de 603 civils belges. Seuls quelques graffiti de réfugiés sur les murs du cloître témoignent de cette période où « la Chartreuse était belge ».